Transports ’45 : planifier tous les modes, sans freiner la route

routesuisse et l’UPSA saluent le principe d’une planification coordonnée des transports, mais critiquent le déséquilibre du projet Transports ’45 en faveur du rail. Alors que le financement à long terme de l’infrastructure ferroviaire doit être renforcé, 31 projets de routes nationales risquent d’être définitivement abandonnés. Les deux organisations demandent une approche équilibrée, fondée sur les besoins réels de l’ensemble des modes de transport.


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Transports ’45 : planifier tous les modes, sans freiner la route

Une vision globale doit traiter tous les modes équitablement

Avec le projet Transports ’45, le Conseil fédéral entend coordonner pour la première fois le développement des routes nationales, de l’infrastructure ferroviaire et du trafic d’agglomération dans une même planification. Les deux entités routesuisse, l’association faîtière du secteur routier, et l’Union professionnelle suisse de l’automobile (UPSA) saluent cette approche de principe. Elles estiment toutefois que sa mise en œuvre concrète accorde une place trop importante au rail au détriment de la route.

Leur critique porte sur les priorités de la politique des transports, et non sur les personnes. Une planification globale n’est crédible que si elle tient compte des prestations, des contributions financières et des besoins de développement de tous les modes de transport. Selon les deux organisations, cet objectif n’est actuellement pas suffisamment respecté.

 

La route contribue au financement de l’ensemble du système

La route joue un rôle central dans la mobilité et l’approvisionnement de la Suisse. Environ 84 % des prestations de transport de personnes sont réalisées sur la route. Une part importante des transports publics, ainsi que les déplacements à pied et à vélo, dépend également de l’infrastructure routière. Dans le transport de marchandises, près des deux tiers des prestations sont assurées par la route.

Les routes nationales sont particulièrement importantes : elles représentent moins de 3 % de l’ensemble du réseau routier, mais absorbent environ 45 % des prestations kilométriques du transport individuel motorisé et plus de 72 % de celles du transport routier lourd de marchandises. Leur capacité conditionne ainsi non seulement la mobilité privée et professionnelle, mais aussi l’accessibilité des agglomérations et le bon fonctionnement des transports publics routiers.

routesuisse souligne également les différences de financement entre les modes de transport. Le trafic routier finance largement sa propre infrastructure et contribue, par différentes redevances, au financement de l’infrastructure ferroviaire et des programmes d’agglomération. Dans ce contexte, l’organisation juge contradictoire de restreindre les possibilités de développement à long terme des routes nationales tout en prévoyant de renforcer durablement le financement de l’extension du rail.

 

Résorber les goulets d’étranglement plutôt que supprimer des projets

Les besoins d’intervention sur les routes nationales sont clairement établis. En 2025, les embouteillages y ont atteint 68’040 heures, un niveau record selon les chiffres cités par les organisations. routesuisse et l’UPSA rejettent dès lors la suppression définitive prévue de 31 projets de routes nationales.

Les deux organisations reconnaissent la nécessité de fixer des priorités. Mais établir des priorités ne doit pas conduire à renoncer définitivement à des possibilités d’action à long terme. Les projets et les corridors concernés devraient rester dans la planification, être conservés comme réserves stratégiques et faire l’objet d’une réévaluation périodique en fonction de l’évolution des besoins. Des mesures d’exploitation, comme la gestion du trafic, l’utilisation de la bande d’arrêt d’urgence ou les adaptations de vitesse, peuvent apporter un soulagement ponctuel. Elles ne sauraient toutefois remplacer systématiquement les aménagements nécessaires pour éliminer les goulets d’étranglement structurels.

L’UPSA demande donc que l’étape d’aménagement 2027 des routes nationales soit complétée par des projets supplémentaires suffisamment mûrs et pertinents pour le réseau. De son côté, routesuisse insiste sur la nécessité de lier les routes nationales et les programmes d’agglomération non seulement dans la planification, mais aussi dans les décisions politiques, sur les plans matériel et formel. Lorsque les routes nationales ne peuvent plus remplir leur fonction de canalisation du trafic, celui-ci se reporte en effet sur le réseau secondaire et dans les zones habitées.

 

Une route performante et un rail performant

Les organisations ne remettent pas en question l’importance d’une infrastructure ferroviaire performante. Elles demandent que l’approche globale annoncée se traduise également dans le financement et dans les décisions politiques. Un rail performant et une route efficace ne sont pas contradictoires : ils sont tous deux indispensables au bon fonctionnement du système de transport suisse.

Le projet Transports ’45 doit donc être revu afin de garantir un développement équilibré des deux infrastructures, une coordination effective entre les routes nationales et le trafic d’agglomération, ainsi que le maintien des possibilités d’aménagement à long terme. L’enjeu n’est pas d’opposer un mode de transport à un autre, mais de répondre de manière cohérente aux besoins de mobilité de la population, de l’économie, des entreprises et de la logistique.


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